Les Bédouins de Jordanie, entre héritage ancestral et modernité

Les Bédouins de Jordanie sont plus qu’un peuple : ils participent intrinsèquement à la richesse culturelle et historique de la Jordanie.

D’ailleurs, l’UNESCO a inscrit en 2008 L’espace culturel des Bedu de Petra et Wadi Rum sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

Les Bédouins sont des nomades arabes vivant de l’élevage, et installés pour l’essentiel dans les déserts du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. On estime la population bédouine à plusieurs millions de personnes (entre 4 et 25 millions).

Les Bédouins vivent surtout au Moyen-Orient. Les Bédouins de Jordanie sont présents dans le désert du Wadi Rum en Jordanie et dans la cité nabatéenne de Pétra. Il y a les Bédouins du Sinaï, des Bédouins dans le désert du Néguev, dans la province de Haïl en Arabie Saoudite et entre les Émirats Arabes Unis et Oman.

Aujourd’hui, seuls 5 % des Bédouins du Moyen-Orient sont encore nomades et quelques Bédouins du Sinaï sont semi-nomades.

Bédouins de Jordanie : Ali, guide dans le désert du Wadi Rum
Bédouins de Jordanie : Ali, guide dans le désert du Wadi Rum

Histoire des Bédouins de Jordanie avant la conquête ottomane

Les Bédouins de Jordanie font partie d’une tradition nomade qui remonte à des millénaires dans les déserts du Moyen-Orient, donc bien avant la création de l’État jordanien moderne en 1946 !

L’histoire des Bédouins est celle d’une remarquable adaptation à un environnement extrême et d’une transformation progressive face à un monde en constante évolution. Les Bédouins ont développé une culture profondément liée aux rythmes de la nature, aux migrations saisonnières et à la vie, parfois la survie, dans un environnement hostile à l’Homme.

Une présence qui remonte à l’Antiquité

La lignée des Bédouins est celle d’Adnan (l’ancêtre des Adnanites ou Arabes du Nord) ou de Qahtan (l’ancêtre mythique des Qahtanites ou Arabes du Sud) ainsi qu’au personnage biblique Ismaël. 

Ainsi, les origines des Bédouins remontent à l’Antiquité, lorsque les tribus sémitiques (les Akkadiens, Cananéens, Araméens, Phéniciens, Hébreux et Arabes, qui ont ont joué un rôle fondamental en créant l’écriture alphabétique et fondant les trois grandes religions monothéistes) se sont établies dans les déserts de la péninsule arabique (souvent appelé « désert d’Arabie »). Certains groupes bédouins sont allés plus au Nord, jusqu’à l’actuelle Syrie qui est l’un des premiers territoires habités par les Bédouins : plus d’un million de personnes vivent encore dans le nord du désert syrien.

Le mode de vie pastoral des Bédouins est attesté dès l’Antiquité et la Jordanie est l’un de leurs territoires emblématiques.

Dans la région correspondant à l’actuelle Jordanie, leur présence est documentée au moins depuis l’époque des royaumes arabes anciens comme celui des Nabatéens (vers le 4e siècle avant J.-C.), dont la capitale était Pétra. Les Bédouins de Jordanie vivaient principalement de l’élevage (chameaux, chèvres et moutons) et du commerce caravanier : leur connaissance du désert en faisait des guides précieux pour les marchands qui traversaient la région, reliant la péninsule arabique à la Syrie et à la Méditerranée.

La présence des Bédouins de Jordanie s’est maintenue durant les périodes romaine (2e au 4e siècle après J.-C.) et byzantine (5e au 6e siècle après J.-C.).

Jeunes femmes bédouines de Jordanie, à Pétra
Jeunes femmes bédouines de Jordanie, à Pétra

Au 7e siècle : la conquête arabe

La période islamique est essentielle pour comprendre l’évolution des Bédouins de Jordanie : elle transforme leur organisation sociale, leur rôle politique et leur identité religieuse.

Au moment de la conquête arabe au 7e siècle et l’expansion de l’Islam dans toute la péninsule arabique, les tribus bédouines sont déjà bien implantées dans les régions désertiques de l’actuelle Jordanie. Avec les conquêtes musulmanes, après la défaite byzantine, la région est intégrée au vaste empire islamique. De nombreuses tribus bédouines adoptent progressivement l’Islam. Même si certaines tribus se convertissent rapidement et participent aux conquêtes, d’autres conservent longtemps des pratiques anciennes tout en s’intégrant au nouvel ordre musulman (c’est d’ailleurs le cas des Bédouins du Sinaï).

Durant toute la période islamique, plusieurs éléments se consolident :

  • L’Islam devient la religion dominante des Bédouins (principalement sunnite).
  • Les valeurs tribales (honneur, hospitalité, solidarité) s’intègrent aux principes islamiques.
  • Le droit coutumier tribal (ʿurf) continue d’exister aux côtés de la loi islamique (charia).

La période omeyyade : 7e et 8e siècle

Sous le califat omeyyade, dont la capitale est Damas, l’actuelle Jordanie devient stratégique car les Bédouins de Jordanie ont une parfaite connaissance des routes du désert : les Omeyyades s’appuient fortement sur les tribus arabes, dont beaucoup sont bédouines. Ainsi, le statut particulier des Bédouins de Jordanie est renforcé.

Les alliances tribales bédouines influencent la politique du califat et les talents de bâtisseurs des Bédouins sont mis à profit en particulier dans la construction de “châteaux du désert”, tel Qusayr Amra, (« petit palais » en arabe), le plus célèbre des châteaux de l’Est jordanien, qui aurait été utilisé comme lieu de villégiature par le Calife ou ses princes.

Les Bédouins de Jordanie ont grandement contribué à la construction des « châteaux du désert », dont Qusayr Amra

Les Bédouins de Jordanie sous l’État impérial ottoman

Du 16e au 18e siècle, les Bédouins conservent une large autonomie

Lorsque l’Empire ottoman étend son autorité sur la région au début du 16e siècle, les territoires correspondant à l’actuelle Jordanie deviennent une zone périphérique de l’empire. Pour les Ottomans, ces espaces désertiques sont stratégiques et difficiles à contrôler.

Le rôle des Bédouins de Jordanie étant crucial dans la protection des routes commerciales et des caravanes de pèlerins se rendant à La Mecque, l’État impérial ottoman décide de négocier avec les chefs tribaux. L’une des missions les plus importantes confiées aux tribus bédouines jordaniennes est la sécurisation de la route du Hajj (le pèlerinage que font les musulmans aux lieux saints de la ville de La Mecque, en Arabie saoudite) qui relie Damas aux villes saintes. En échange de leur protection, les tribus bédouines reçoivent des subsides, une pratique qui renforce leur pouvoir local tout en les intégrant indirectement dans le système impérial ottoman.

Les tribus de Bédouins de Jordanie conservent donc une large autonomie durant les 3 premiers siècles de la domination ottomane.

Au 19e siècle, un bouleversement du mode de vie bédouin

L’empire entreprend de profondes réformes qui visent à moderniser et centraliser l’administration. L’objectif non avoué est clair : transformer des populations mobiles en des sujets plus facilement contrôlables. Recensement, imposition et surtout tentatives de sédentarisation bouleversent les tribus de Bédouins de Jordanie.

De plus, la construction de la ligne ferroviaire reliant Damas à Médine au début du 20e siècle réduit l’importance des routes caravanières traditionnelles et diminue de fait le rôle économique des Bédouins dans l’accompagnement des pèlerins. Elle permet également à l’armée ottomane de se déplacer plus rapidement, renforçant ainsi le contrôle impérial sur les régions désertiques.

Ces transformations bouleversent profondément le mode de vie bédouin. Certains groupes résistent, d’autres s’adaptent en développant de nouvelles activités ou en se rapprochant des centres urbains. Malgré ces changements, les structures tribales bédouines et les valeurs traditionnelles demeurent solides.

Cette tension entre certaines tribus bédouines et l’État impérial ottoman jouera un rôle important dans les événements qui suivront, notamment la révolte arabe contre l’Empire ottoman.

La Révolte arabe contre l’Empire ottoman : 1916 – 1918

La Révolte arabe contre l’empire ottoman est une période charnière pour les Bédouins de Jordanie : elle transforme leur rôle local en acteur d’un bouleversement régional majeur. Elle éclate en juin 1916.

Hussein ibn Ali appelle les Arabes à se soulever contre l’Empire ottoman

C’est Hussein ibn Ali, originaire de la dynastie des Banu Qatadah (une dynastie se réclamant de la dynastie Hachémite descendante du Prophète) qui contrôle les lieux saints de l’Islam depuis le 10e siècle, alors chérif de La Mecque, qui appelle les Arabes à se soulever contre la domination de l’Empire ottoman. Désir d’indépendance arabe, tensions avec le pouvoir central ottoman et promesses de soutien faites par le Royaume-Uni motivent cet appel.

En Jordanie, les tribus bédouines alliées aux Britanniques, habituées au désert, mobiles et organisées, attaquent les lignes de communication ottomanes, en particulier le chemin de fer du Hedjaz (la ligne ferroviaire reliant Damas à Médine).

Aouda Abou Tayi, une figure emblématique de la Révolte arabe

Aouda Abou Tayi est le dirigeant de la tribu des Howeitat (tribu bédouine d’Arabie) qui vivent alors dans ce qui est aujourd’hui la Jordanie et l’Arabie saoudite.

Aouda Abou Tayi dirige les forces arabes lors de plusieurs batailles, en particulier la prise d’Aqaba en 1917, une opération audacieuse (l’attaque vient du désert, là où les Ottomans ne s’y attendaient pas, ce qui permet une victoire décisive) menée par les forces arabes et des officiers britanniques (dont Lawrence d’Arabie), avec le soutien de combattants bédouins. Cette victoire ouvre un accès stratégique à la mer Rouge et amorce la progression au nord vers la Syrie.

Damas est prise en octobre 1918 par les forces arabes et britanniques, l’armée ottomane étant déjà en retraite, affaiblie par la guerre. Les troupes arabes, dirigées notamment par les forces du prince Fayçal ibn Hussein, 3e fils de Hussein ibn Ali, entrent dans la ville presque sans résistance. Aouda Abou Tayi fait partie de cette dynamique, mais il n’est pas le commandant principal de la prise de Damas.

Aouda Abou Tayi meurt en 1924 et est enterré à Amman, la capitale jordanienne. Il est considéré comme un héros national en Jordanie.

Dans le monde arabe, il est perçu comme un homme généreux et honorable. Cependant, en dehors du monde arabe, il est principalement connu à travers sa représentation dans Les Sept Piliers de la Sagesse, le récit de Thomas Edward Lawrence (connu sous le nom de Lawrence d’Arabie). Ce récit, qui le présente comme un homme cupide, est critiqué par les historiens.

Le rôle (amplifié !) de Lawrence d’Arabie dans la Révolte arabe

La légende a souvent amplifié le rôle de Thomas Edward Lawrence, dit Lawrence d’Arabie, dans le révolte arabe de 1916-1918.

Officier britannique, sa mission principale est de soutenir la révolte menée par les Arabes contre l’Empire ottoman, en particulier sous l’autorité de Fayçal ibn Hussein, fils de Hussein ibn Ali, chérif de La Mecque. Il sert d’intermédiaire entre les forces arabes et le commandement britannique : il transmet des informations, coordonne les aides (armes, or, logistique) et conseille les chefs locaux. Lawrence d’Arabie n’a pas été le leader de la Révolte arabe, qui reposa avant tout sur les forces locales et leurs chefs.

Après 1921, fatigué par la politique, Lawrence s’en retire : il s’engage dans la Royal Air Force sous un faux nom et mène une vie simple de soldat et se consacre à l’écriture : son œuvre la plus célèbre, Les Sept Piliers de la sagesse, est un récit historique teint de réflexion personnelle sur son expérience de la révolte arabe.

Il meurt en 1935, à 46 ans, à la suite d’un accident de moto en Angleterre. Sa disparition a encore contribue à renforcer sa légende !

Après la Révolte arabe, la création de l’Émirat de Transjordanie

Pour les Bédouins de Jordanie, la révolte arabe marque un tournant car elle renforce leur importance politique et militaire, tout en les intégrant davantage dans des structures étatiques modernes. Leur image de combattants du désert, loyaux et courageux, devient un élément central de l’identité nationale jordanienne.

En 1919, T.E Lawrence participe à la Conférence de paix de Paris : il y accompagne Fayçal ibn Hussein et plaide en faveur de l’indépendance des Arabes. Mais il échoue et les Accords Sykes-Picot entre la France et le Royaume-Uni sont signés : ils prévoient le partage des territoires arabes de l’Empire. Après la guerre, au lieu d’un grand royaume arabe indépendant, la région est placée sous mandats européens.

Malgré sa désillusion, Lawrence continue à travailler pour le gouvernement britannique : il participe notamment à la Conférence du Caire de 1921, où il contribue à dessiner la nouvelle carte politique du Moyen-Orient. Il soutient l’installation de Fayçal ibn Hussein comme roi d’Irak et de son frère Abdallah en Transjordanie (future Jordanie).

C’est ainsi qu’est créé en 1921 l’Émirat de Transjordanie. Les Bédouins de Jordanie, qui ont largement contribué à la révolte, deviennent alors un pilier du nouvel État, notamment au sein de ses forces armées.

Abdallah 1er (2e fils de Hussein ibn Ali) est chargé par Churchill de l’administration de la Transjordanie : en 1922 il en devient l’émir. La marge des pouvoirs d’Abdallah est extrêmement limitée et les postes clés de l’administration du pays sont contrôlés par des Britanniques.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, l’attitude d’Abdallah dans la défense des positions britanniques aboutit à l’indépendance de l’émirat puis à la formation du Royaume de Jordanie en 1946 dont il sera le roi de 1946 au 20 juillet 1951, date de son assassinat.

Bédouin de la tribu Zalabieh dans le désert du Wadi Rum en Jordanie
Bédouin de la tribu Zalabieh dans le désert du Wadi Rum en Jordanie

Transition vers l’époque moderne

Le 20e siècle marque donc un tournant décisif : avec la création de l’État moderne de Jordanie en 1946, les autorités ont encouragé (parfois même imposé) la sédentarisation des Bédouins de Jordanie. Les raisons étaient multiples : contrôle administratif, accès à l’éducation, développement économique. Beaucoup de tribus bédouines ont alors abandonné le nomadisme pour s’installer dans des villages ou des villes, notamment autour d’Amman, la capitale jordanienne, et dans le sud du pays.

Malgré ces transformations, une partie des Bédouins continue de préserver ses traditions. Dans des régions comme le désert du Wadi Rum en Jordanie ou les environs de Pétra, certains vivent encore sous des tentes en poil de chèvre, perpétuant des pratiques ancestrales. Le tourisme a également contribué à redéfinir leur mode de vie : accueil de voyageurs, excursions dans le désert, transmission de leur culture.

Aujourd’hui, les Bédouins de Jordanie incarnent un équilibre délicat entre modernité et héritage. Leurs chants, leur poésie orale, leurs vêtements traditionnels et leur sens de l’honneur témoignent d’un passé riche et toujours vivant. Plus qu’un simple peuple du désert, ils sont les gardiens d’une mémoire collective.

Un voyage en Jordanie, une randonnée en Jordanie c’est aussi marcher en compagnie des Bédouins de Jordanie. Un voyage sur une terre où des civilisations remarquables ont prospéré et offert leurs talents et créent des merveilles.

Vous pouvez aussi regarder le documentaire Slice Peuples : Les Bdouls, Exilés de la Ville de Petra

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