La civilisation des Nabatéens n’a pas encore livré tous ses secrets. On sait des Nabatéens qu’ils sont un peuple antique arabe d’origine nomade, composé de diverses tribus, vivant dans le nord-ouest de l’Arabie et le sud-ouest de la Jordanie actuelle. Marchands caravaniers, ingénieurs et bâtisseurs hors pair, on les connaît pour avoir construit Petra en Jordanie, l’une des cités les plus impressionnantes de l’Antiquité.
Leur histoire permet de mieux comprendre comment Petra est devenue la capitale du royaume des Nabatéens, une cité troglodyte prospère en plein cœur du désert du sud de la Jordanie.
Les Nabatéens en Jordanie, héritiers des grandes routes commerciales développées par les Achéménides
Du 6e au 4e siècle avant Jésus Christ, bien avant l’essor des Nabatéens, les Achéménides fonde le premier grand empire perse : ils contrôlent un immense territoire allant de l’Inde à l’Égypte et leur domination s’étend aussi sur les régions correspondant à l’actuelle Jordanie et le nord de l’Arabie. Sous l’administration des Achéménides, les échanges commerciaux se développent à travers un vaste réseau de routes caravanières reliant l’Égypte, la Mésopotamie et l’Arabie.
L’empire achéménide disparaît après la conquête d’Alexandre le Grand en 332 avant JC, et c’est alors que les Nabatéens tirent parti de l’héritage achéménide. Installés au carrefour des grandes voies caravanières, les Nabatéens prennent petit à petit le contrôle du commerce de l’encens, de la myrrhe et des épices venues d’Arabie. Leur prospérité repose donc sur un réseau d’échanges prospère dont les fondations ont été posées et consolidées plusieurs siècles auparavant par les grandes puissances achéménides.
Les Nabatéens sont donc en ce sens les héritiers d’un monde « connecté » et ouvert sur le commerce et les échanges culturels. Et c’est dans ce contexte qu’ils bâtissent Petra, future capitale d’un royaume puissant qui allait rayonner sur toute la région.
Les Nabatéens, un peuple du désert devenu maître dans l’art du commerce
La réussite commerciale des Nabatéens est l’un des éléments clé pour comprendre leur puissance et l’importance de la construction de la cité nabatéenne de Petra. C’est en effet grâce à leur maîtrise impressionnante des échanges commerciaux entre l’Arabie, l’Afrique et le bassin méditerranéen que les Nabatéens ont bâti leur prospérité.
Une situation géographique stratégique
Le royaume des Nabatéens occupe un emplacement géographique exceptionnel entre l’Arabie du Sud, l’Égypte, la Syrie et la Méditerranée. Toutes les grandes caravanes transportant des marchandises précieuses traversent leur territoire : les marchands doivent s’acquitter d’une taxe sur les marchandises en transit en contrepartie de quoi les Nabatéens assurent la sécurité des convois caravaniers.
Le commerce de produits luxueux
Les Nabatéens pratiquent le commerce des épices et celui des étoffes de luxe (le lin par exemple) et des fourrures, de l’ambre pour l’encens, les parfums, des produits de soins, comme le miel, et des boissons réputées bénéfiques pour la santé. Ils contrôlent une grande partie de la « route de l’encens », l’une des plus importantes routes commerciales de l’Antiquité.
En effet, à l’époque antique, l’encens et la myrrhe sont des marchandises extrêmement précieuses, à grande valeur marchande. Ces résines aromatiques sont utilisées pour les cérémonies religieuses, les rites funéraires, la médecine, les parfums, etc.
Une parfaite connaissance du désert
L’obstacle majeur pour les marchands étrangers, c’est le désert ! Or les Nabatéens le connaissent parfaitement : ils en connaissent toutes les gueltas (point d’eau), toutes les pistes caravanières, tous les points stratégiques d’attaques des bandits ! Ils en ont une connaissance instinctive et héréditaire : ils savent détecter une tempête de sable qui se prépare des heures à l’avance, connaissent les moindres signes annonçant un changement de météo…
En cela, les Nabatéens sont des alliés essentiels et indispensables aux grandes caravanes commerciales.
Un important réseau d’infrastructures au service du commerce
À l’époque antique, les régions traversées par les caravanes sont hostiles, tant au niveau climatique que sécuritaire. Les Nabatéens mettent leurs connaissances et leur savoir-faire au service du commerce caravanier : ils construisent des citernes, des réservoirs d’eau, des lieux d’accueil pour les caravanes marchandes, des postes de contrôles, etc. Ainsi, il devient possible pour les caravanes de circuler en sécurité, et ce sur de très longues distance.
Si l’on tente de se projeter aujourd’hui, on peut voir les Nabatéens comme les gestionnaires d’un immense réseau logistique international, comparable aux grands hubs commerciaux actuels, mais au cœur des caravanes de l’Antiquité !
Les Nabatéens, remarquables bâtisseurs
Les Nabatéens ont construits plusieurs cités antiques notables : Bosra et Hegra (Madā ͐ in Ṣāliḥ, surnommée la seconde Petra, est inscrite par l’UNESCO sur la liste du patrimoine mondial sous le nom de site archéologique de Al-Hijr) situées dans l’actuelle Arabie Saoudite, et la plus connue, Petra, la capitale du royaume nabatéen, située dans le désert du sud de l’actuelle Jordanie.
Les spécificités de l’architecture nabatéenne antique
L’architecture nabatéenne est emblématique : les cités nabatéennes sont vastes, voire gigantesques, bâties sous terre et les maisons visibles sont des maisons troglodytes. Contrairement aux constructions traditionnelles édifiées pierre par pierre, de nombreux tombeaux, temples et façades sont littéralement taillés dans la montagne et la finesse d’exécution des édifices monumentaux est subjuguante.
Dans un environnement désertique où l’eau est rare et les conditions de vie difficiles, les Nabatéens ont développé des techniques ingénieuses de construction remarquablement avancées pour leur époque. Ils creusent des canaux dans la roche, aménagèrent des barrages pour faire face aux crues et un vaste réseau de citernes pour stocker l’eau de pluie afin d’assurer l’approvisionnement de la cité. Cette alliance entre beauté monumentale et ingéniosité technique fait de l’architecture nabatéenne l’une des plus originales et des plus fascinantes du monde antique.
Petra, symbole du génie nabatéen
Nichée au cœur des montagnes de grès du sud de l’actuelle Jordanie, Petra est partiellement creusée et sculptée directement dans la roche. Ce qui surprend encore aujourd’hui, c’est la maîtrise technique de la civilisation nabatéenne : ils ne se sont pas contentés de bâtir des édifices, ils ont façonné la montagne.
Les monuments les plus célèbres de Petra, Khazneh, le Trésor du Pharaon ou Al-Deir, le monastère, témoignent d’un savoir-faire exceptionnel. À Petra, les Nabatéens ont transformé une vallée aride en une ville prospère, une capitale pouvant accueillir des milliers d’habitants et de nombreuses caravanes commerciales. Cette cité nabatéenne fascine aujourd’hui encore les archéologues et est le témoin de l’extraordinaire savoir-faire d’un peuple antique qui a su transformer les contraintes du désert en prouesses techniques et architecturales.
Les Nabatéens ont également fait preuve d’une grande ouverture culturelle : les tombeaux, temples et monuments de Petra mêlent, en une délicate harmonie, des influences arabes, grecques, égyptiennes et romaines. Colonnes corinthiennes, frontons triangulaires, chapiteaux raffinés et symboles orientaux cohabitent ainsi sur les mêmes monuments. Cette capacité à intégrer différentes traditions artistiques a donné naissance à un style unique, le style nabatéen, reconnu comme l’un des héritages architecturaux du Proche-Orient antique les plus remarquables. Petra est aujourd’hui classée parmi les merveilles du monde.
Nous consacrons un article complet à Petra sur notre site : Petra, cité nabatéenne en Jordanie et merveille du monde.
Pour en apprendre plus sur la civilisation des Nabatéens, nous vous conseillons :
- un documentaire ARTE : Désert d’Arabie : dans les pas des caravaniers d’autrefois
- un livre de Christian-Georges Schwentzel aux éditions Tallandier Humanités :
Les Nabatéens, des agriculteurs ingénieux
L’architecture n’est pas le seul talent des Nabatéens : ils sont aussi d’excellents cultivateurs ! Fondée sur la culture du palmier dattier, où l’ensemble des productions est irrigué, l’agriculture nabatéenne est de type oasienne. Les céréales (blé et orge), les légumineuses (lentilles, pois et luzerne) et les fruits (olivier, grenadier, vigne et figuier), sont des produits du quotidien que les Nabatéens ont développé.
Il est intéressant de remarquer que les Nabatéens pratiquaient une forme de gestion durable et intelligente des ressources naturelles qui présente de nombreuses similitudes avec certains principes de la permaculture moderne. En particulier, leur système hydraulique reposait davantage sur la collecte et l’optimisation des ressources existantes que sur leur surexploitation.
On sait que les Nabatéens captaient et stockaient chaque goutte d’eau disponible, adaptaient leurs cultures aux contraintes climatiques, limitaient les pertes d’eau, utilisaient le relief naturel pour canaliser les écoulements et transformaient un milieu aride sans pour autant l’épuiser… belle source d’inspiration non ?!!
Les Nabatéens, passeurs de savoirs
Vivant au cœur des routes caravanières, les Nabatéens ont participé à la diffusion des savoirs entre l’Arabie, l’Égypte, la Mésopotamie et le bassin méditerranéen.
Le royaume nabatéen fut un véritable carrefour d’échanges où circulaient remèdes, plantes aromatiques et techniques thérapeutiques venues de différentes civilisations. D’ailleurs cette ouverture sur le monde contribua à faire de Petra, au-delà d’une cité commerciale, un lieu de rencontre et d’échanges entre les cultures et les savoirs du Proche-Orient antique.
La langue et l’écriture nabatéennes
Un dialecte araméen
Les Nabatéens étaient d’origine arabe, mais la langue qu’ils utilisaient pour l’administration, le commerce et les inscriptions officielles était principalement un dialecte de l’araméen qui leur était propre.
À partir du 6e siècle avant Jésus Christ, l’araméen était devenu la langue de communication au Proche-Orient qui facilitait les échanges entre les peuples de la région, particulièrement sous l’influence des Achéménides… un peu comme l’anglais aujourd’hui dans le commerce international !
L’alphabet nabatéen : un ancêtre de l’arabe moderne
Un autre héritage parmi les plus remarquables des Nabatéens est leur écriture. Au fil des siècles, leur alphabet araméen évolua progressivement vers une forme plus cursive et plus fluide. De nombreux spécialistes considèrent aujourd’hui que l’écriture nabatéenne constitue l’une des principales étapes ayant conduit à l’alphabet arabe moderne.
C’est ains qu’à Petra ou dans le désert du Wadi Rum en Jordanie, on peut observer des inscriptions où l’on distingue déjà des formes de lettres qui rappellent l’écriture arabe actuelle : un paradis pour les archéologues !
Par exemple, les Nabatéens avaient pour coutume de graver des stèles funéraires dans leur langue. C’est d’ailleurs une coutume que l’on retrouve chez les Égyptiens de l’Antiquité, et chez de nombreux peuples anciens du Levant et du Proche-Orient.
Des milliers d’inscriptions nabatéennes ont été découvertes en Jordanie, en Arabie saoudite, dans le Sinaï et jusqu’au sud de la Syrie, sur des tombeaux, des monuments, des stèles ou des roches le long des anciennes routes caravanières. Pour les linguistes et les historiens, les Nabatéens occupent donc une place essentielle dans l’histoire de la langue arabe.
Disparition de la civilisation nabatéenne
Le royaume nabatéen a progressivement perdu son indépendance, puis son identité culturelle s’est fondue dans les grandes civilisations qui lui ont succédé.
En 106 après Jésus Christ, l’empereur romain Trajan annexe pacifiquement le royaume nabatéen qui devient alors la province romaine d’Arabia Petraea. Petra conserve un certain prestige, mais elle perd son statut de capitale d’un royaume indépendant.
À partir du 2e siècle, les routes maritimes de la mer Rouge et de l’océan Indien deviennent plus importantes que les routes caravanières : les marchandises circulent davantage par bateau que par les pistes du désert, réduisant progressivement le rôle stratégique de Petra. Petra est par ailleurs frappée par une série de séismes, dont celui de 363 après JC qui fut le plus dévastateur, endommageant des bâtiments et une partie des infrastructures hydrauliques dont dépend la ville.
Ensuite, au fil des siècles, les habitants de Petra adoptent les cultures dominantes de la région : romaine, byzantine puis arabe après les conquêtes musulmanes du 7e siècle. La langue nabatéenne disparaît peu à peu, l’écriture nabatéenne évolue vers les formes anciennes de l’alphabet arabe, et en conséquence l’identité nabatéenne en tant que civilisation distincte disparaît.
Ainsi les Nabatéens ont disparu de l’histoire en tant que peuple indépendant, mais leur héritage demeure prolifique et vivant : les sites archéologiques de Petra, les vestiges hydrauliques dans les canyons de grès, les traditions des communautés locales inspirées des Nabatéens, etc.
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