La culture berbère au Maroc

On parle de culture berbère ou de culture amazighe.

Au jour d’aujourd’hui, les tribus berbères sont présentes dans plusieurs pays d’Afrique. Elles le sont particulièrement au Maghreb : Maroc, Tunisie, Algérie, Mauritanie et Libye, et également en Égypte, au Burkina Faso, au Niger, au Mali et même dans les Îles Canaries !

La plus grande communauté berbère se trouve au Maroc où la culture berbère est véritablement reconnue et a une place très importante au sein de la société marocaine. 65% de la population marocaine est berbère.

Le nom « Berbère » vient du grec βάρβαρος (barbaros ; barbare) qui désigne une personne étrangère (qui ne parle pas la langue grecque). Ce sont les Romains qui ont donné le nom de Berbère mais le peuple berbère préfère l’appellation « Amazigh » qui signifie « homme libre ».

Les randonnées au Maroc permettent de découvrir le peuple amazigh et la culture amazighe.

L’emblème de la culture amazighe : le drapeau Amazigh

C’est un drapeau culturel symbole de l’identité berbère. Il a été créé par Youcef Madkour, un Berbère d’Algérie (un Kabyle donc) dans les années 1970. Il a été présenté et adopté en 1997 lors du premier Congrès Mondial Amazigh, à La Palmas de Gran Canaria, dans les îles Canaries.

Il est composé de trois bandes horizontales de même largeur : le bleu pour la mer, le vert pour la montagne et le jaune pour les sables du désert. Le rouge du sang amazigh est utilisé pour représenter l’homme libre qui circule de la mer, aux montagnes, et au Désert du Sahara.

Le symbole rouge est la lettre Yaz, 30e lettre de l’alphabet berbère (ⵣ), qui symbolise « l’Homme libre ». Les trois branches représentent la terre amazighe, la langue amazighe et l’homme Amazigh.

Cette notion d’Homme libre est omniprésente dans la culture berbère.

Les trois piliers de la culture amazighe :

1er pilier : le système de parenté et d’appartenance à la famille berbère étendue. Au sein du peuple berbère, il y a un grand sens de la communauté, qui s’exprime entre autres par l’hospitalité et la solidarité entre Berbères. Par exemple, au Maroc, les berbères du Nord vont se sentir plus proches des berbères du Sud que des Marocains non berbères vivant tout près d’eux.

2e pilier : la forte connexion à la terre et le fait de reconnaître ses bienfaits. La terre est sacrée chez les Berbères (on retrouve d’ailleurs ce lien sacré à la terre chez d’autres peuples des côtes méditerranéennes).

3e pilier : la langue berbère, ou langue amazighe, l’Amazighe, ou tamazight, dont l’écriture est composée de caractères Tifinagh, est reconnue comme langue officielle dans la constitution marocaine depuis 2011. C’est la 2e langue la plus parlée au Maroc après l’arabe. Le Royaume du Maroc est donc principalement arabophone et berbérophone.

La culture berbère ne cesse de gagner en réputation et reconnaissance. La culture berbère est essentiellement orale : la langue amazighe est donc un marqueur fort de l’identité amazighe, en tant que langue et en tant qu’outil de transmission de la culture et de l’histoire amazighes.

La préservation de la civilisation et des traditions amazighes est clairement liée à la richesse et la pertinence de la langue amazighe.

La transmission de l’art des Maîtres Musiciens de Jajouka en est un parfait exemple. Jajouka est un village situé au nord-est du Maroc, dans le Rif occidental où vit la tribu amazighe Ahl Srif. Leur art musical (musique transcendantale d’origine soufie) et théâtral anthropologique est transmis oralement de génération en génération depuis plus de 4000 ans : cet art a traversé des siècles d’histoire marocaine et plus largement méditerranéenne sans être jamais égratigné.

Nous pouvons aussi évoquer la très grande poétesse marocaine Mririda N’Attik, une femme berbère de la tribu Aït Attik, originaire du village de Magdaz dans le Haut-Atlas, à qui l’on doit des trésors de la poésie amazighe. Mririda N’Attik s’exprimait en langue berbère chleuh et était analphabète : c’est René Euloge, instituteur, peintre et écrivain français qui tomba fou amoureux d’elle qui transcrivit ses poèmes.

Il en est ainsi de toute l’histoire et de la culture amazighes : préservées et transmises oralement, de père en fils, de mère en fille. Et bien qu’il y ait trois dialectes amazighs différents au Maroc, l’héritage berbère, ou héritage amazigh, est cohérent et intact, et il a survécu aux maintes invasions que le peuple berbère a connues, ainsi qu’à l’arabisation et l’islamisation du peuple marocain.

Les richesses traditionnelles de la culture amazighe :

Les traditions berbères s’expriment lors de fêtes particulières tels les mariages, naissances, décès, fêtes religieuses, célébrations régionales, etc. Mais c’est aussi dans le quotidien que le peuple Amazigh témoigne de son attachement à sa culture et à ses traditions.

La musique, les chants et les danses traditionnelles amazighes sont très populaires au Maroc et font partie du quotidien des Berbères.

Les danses traditionnelles telles que l’Ahwach, appelé aussi Ahidous, sont souvent associées à des événements culturels et sociaux.

L’Ahwach est un art qui vient du monde rural du Haut Atlas et de l’Anti Atlas et qui mélange le chant, la poésie, le mouvement des corps et les percussions instrumentales avec les bendirs. Femmes et hommes berbères effectuent cette danse collective qui est l’une des grandes traditions culturelles de communautés amazighes du Maroc. Traditionnellement, cette cérémonie se déroule la nuit : les femmes forment un grand cercle autour d’un feu, et au centre, les hommes forment un cercle plus petit. Les danseurs frappent en rythme dans les mains et certains hommes cadencent avec leurs bendirs. Au paroxysme de la danse, les deux cercles se divisent en deux groupes qui se font face et se donnent la réplique.

Le Festival Timitar, plus grand festival dédié à la culture amazighe, a lieu chaque année à Agadir. Il rassemble des artistes amazighs du Maroc et d’autres pays : musique, danse et poésie traditionnelles berbères y sont mises à l’honneur. Nous pouvons citer aussi le Festival des musiques sacrées de Fès qui promeut la musique d’inspiration spirituelle et la poésie soufie. En réalité, les festivals et événements importants de la culture amazighe sont devenus des célébrations incontournables de la culture marocaine.

Au niveau de l’habillement, l’utilisation de vêtements traditionnels berbères est encore très présente, particulièrement lors des mariages et fêtes religieuses, ainsi que le maquillage au henné ou au safran chez les femmes.

Les femmes berbères portent un caftan (longue robe en coton ou en daim) noir, blanc et rouge, sur une jupe noire ou blanche, et elle se drape en plus d’un « adal », voile blanc symbole de pureté et de respect. Elles maintiennent leurs cheveux avec un foulard rouge et noir maintenu sur le front par une couronne en argent, ornée de rubis et émeraudes.

Traditionnellement, les hommes portent une Djellaba blanche, à capuche triangulaire, et un turban blanc sur la tête. En saison froide, le burnous est le manteau traditionnel des hommes.

Au pied, les Berbères portent des chaussures en cuir appelées « idoukane ».

L’artisanat amazigh est très riche et très varié. Le savoir-faire des artisans berbères est reconnu et réputé dans tout le Royaume du Maroc. D’une région amazighe à une autre, les techniques et style d’artisanat varient. Se distinguent particulièrement la poterie à Chefchaouen et Taroudant, les bijoux à Tiznit, les tapis de Ouarzazate, les tapis du Siroua, les tapis Beni Ouaraïn, les textiles à Marrakech et Tafraout…

Les tapis Beni Ouaraïn sont particulièrement renommés et emblématiques : ils sont fabriqués par les Beni Ouaraïn, une confédération de 17 tribus berbères qui vivent dans le Moyen-Atlas (Nord-Ouest du Maroc), à l’Est de Fès. Ces tapis berbères, très épais, sont tissés dans une laine naturelle très dense et avec des motifs géométriques noirs. Ils peuvent aussi être teintés avec de chatoyantes couleurs d’origine végétale (jaune safran, rouge garance, obtenu grâce à l’alizarine extraite de la racine de la plante appelée garance des teinturiers).

Culture berbère du Maroc : motif de tapis Beni Ouaraïn
Culture berbère du Maroc : motif de tapis Beni Ouaraïn

La cuisine amazighe tient une place majeure dans la gastronomie marocaine.

Les plats traditionnels tels que couscous et tajines sont déclinés chez les Berbères en couscous et tajines aux 5 légumes, et couscous au miel et aux amandes. Le méchoui et les grillades sont typiques de la cuisine amazighe, réputée également pour la soupe harira (ⵜⴰⵀⵔⵉⵔⵜ – à base de tomates, pois chiches et agneau) et les fameuses pâtisseries berbères : l’amlou, une pâte d’amandes à l’huile d’argan et au miel, rghaif, crêpes de pâte feuilletée, aux amandes ou au miel, les beghrir, crêpes à base de semoule, etc.

Une place importante est donnée à la religion dans la culture amazighe. Aujourd’hui, la plupart des Amazighs sont musulmans, mais ils ont une grande histoire de croyances et de pratiques religieuses qui ont évolué au fil des siècles avec leur contexte historique et les différentes colonisations. Certaines tribus berbères pratiquent encore des formes de croyances préislamiques et animistes. Cette diversité religieuse, entre autres, reflète la richesse et la complexité de la culture berbère.

La culture amazighe, ou culture berbère, est un élément clé de l’identité marocaine. Depuis 1999 et sous l’impulsion et la volonté du roi Mohamed VI, le gouvernement marocain prit des mesures pour protéger et promouvoir la culture amazighe. Rappelons qu’en 2000, dans le discours où le roi Mohamed VI annonçait la création de l’Institut Royal de la Culture AMazighe, il évoqua « notre identité amazighe et arabe ». Grâce à lui, l’IRCAM vit le jour le 17 octobre 2001.

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