Les langues au Maroc

Il y a officiellement aujourd’hui 2 langues au Maroc : l’arabe classique (ou arabe littéral ou standard) et l’Amazighe (ou tamazight), la langue du peuple amazigh, c’est-à-dire la langue des Berbères.

Ces deux langues officielles sont par ailleurs parlées sous forme de dialectes régionaux.

La langue arabe est unifiée, c’est ce que l’on appelle l’arabe classique (ou arabe littéral), et est parlée dans tous les domaines administratifs.

La langue berbère, l’Amazighe n’est pas unifiée et il en existe de nombreux dialectes.

Le français, du fait de l’histoire coloniale, est courant au Maroc, particulièrement dans le Nord du pays, mais est une langue étrangère.

En randonnée au Maroc vous entendrez les deux langues arabe et amazighe et pourrez facilement les distinguer, tant elles sont différentes.

L’Amazighe (ou tamazight) est la langue des Berbères, et leur écriture, le Tifinagh, est composé d’un alphabet consonantique (composé uniquement de consonnes) comprenant, selon les variantes dialectales, de 21 à 27 signes de style géométrique.

Les caractères tifinagh (ⵜⴼⵏⵗ ou ⵜⵉⴼⵉⵏⴰⵗ, Alphabet berbère latin : Tifinaɣ) sont hérités de l’antique écriture libyque. Cet alphabet utilisé par les Berbères du Maroc est le même que celui utilisé par les Touaregs d’Algérie. L’Amazighe est également très proche du Tamahaq.

L’arabe marocain est utilisé entre les Marocains arabophones et les Marocains berbérophones. Au Maroc, il est parlé par plus de 30 millions de personnes. Il s’agit d’un arabe dialectal marocain.

Les origines de l’arabe dit « classique » se situent à la fin du Ve siècle. Aujourd’hui l’arabe classique est la langue commune et définie comme langue officielle dans 25 États.

L’arabe classique (ou standard) est la seule variante de la langue arabe officiellement écrite. Il est enseigné dès les premières années de l’école dans les pays arabes, et n’est donc compris et maîtrisé que par les personnes instruites. L’arabe classique est une langue prestigieuse car c’est la langue du Coran, de la littérature, du théâtre, de l’université… L’arabe marocain est une variante dialectale de l’arabe classique.

Un temps de randonnée chamelière est un temps de rencontres avec nos hôtes arabophones et berbérophones. Engranger quelques mots des langues au Maroc, à savoir la langue Amazighe et la langue arabe pour débuter une conversation est toujours joyeux !

Langues au Maroc : l’alphabet Tifinagh

Quelques mots en langue Amazighe !

Bonjour (le matin) : ⵜⵉⴼⴰⵡⵉⵏ ; Tifawin

Bonjour (l’après-midi) : ⴰⵣⵓⵍ ; Azul

Bonne nuit : ⵜⵉⵎⴻⵏⵙⵉⵡⵉⵏ ; Timensiwin

Au revoir : ⵍⵍⴰⵀ ⵉⵀⴰⵏⵏⵉⴽ, ⴰⴷ ⵉⴳ ⵔⴻⴱⴱⵉ ⵙⵜⴰⵔ ; Llah ihannik, ad ig rebbi star

Oui : ⵢⴰⵀ ; Yah

Non : ⵓⵀⵓⵢ ; Ohoy

Merci : ⵜⴰⵏⵎⵉⵔⵜ ; Tanmirt

Comment allez-vous ? : ⵎⴰⵏⵉⴽ ⴰⵏⵏ ⵜⴳⴰⵎ ? ; Manik ann tgam ?

Très bien, merci : ⵜⵀⴰⵏⵏⴰ ⵜⴳⴰ ⵍⵎⴰⵏ, ⵜⴰⵏⵎⵉⵔⵜ ; Thanna tga lman, tanmirt

Excusez-moi : ⵙⵙⵓⵔⴼⵉ ; Ssurfi

Je suis désolé : ⵔⴻⴱⴱⵉ ⵙⴰⵎⵃⵉ ; Samhiyi

Lundi : ⴰⵢⵏⴰⵙ ; Aynas

Mardi : ⴰⵙⵉⵏⴰⵙ ; Asinas

Mercredi : ⴰⴽⵕⴰⵙ ; Akṛas

Jeudi : ⴰⴽⵡⴰⵙ ; Akwas

Vendredi : ⴰⵙⵉⵎⵡⴰⵙ ; Asimwas

Samedi : ⴰⵙⵉⴹⵢⴰⵙ ; Asiḍyas Dimanche : ⴰⵙⴰⵎⴰⵙ ; Asamas

Et quelques mots en arabe marocain !

Bonjour : Sba al rir                            

Bonsoir : Tasba al rir             

Salut à toi : Salam Aleikoum            

Ça va ? : Labès ?

Au revoir : Bisslma                            

Bonne nuit : Leïla saïda

Merci : Choukran                              

Pas de quoi : Afouan

Bon appétit : Shaya tayebé              

On y va : Nemchou

Langues au Maroc : le drapeau marocain

Allez allez ! : Yala yala !

Ecoute ! : Asma !      

Regarde ! : Chouff !                          

Chaud : Sroun                                              

Froid : Saga

Ane : Himar

Chameau : Jmel

Chien : Kelb

Aujourd’hui : Lioum                                       

Demain : Ghedda

Encore : Zid                                      

Après : Bad

Là-bas : Lè                                        

A droite : Aliémin

A gauche : Aliassar                           

Tout droit : Nishan

Dunes : Schbel                                 

Bois : Loud

Désert : Sahara                                

Montagne : Djebel     

Fleur : Warda                        

Feu : Afia Pas de problème ! : Ma ka’in mushkil !

Le peuple marocain est d’une grande diversité… les langues au Maroc aussi !

Pour comprendre cette diversité, revenons à l’histoire du Maroc : à l’origine peuplé par les Berbères, c’est la langue Amazighe qui était parlée au Maroc (il en existait différentes formes ou dialectes régionaux). Avec les conquêtes musulmanes qui débutèrent au 7e siècle, l’arabisation du pays a progressivement amené la langue arabe dans le pays : l’arabe classique devint la seconde langue parlée dans le pays.

A partir de 1830 débuta la colonisation européenne, particulièrement française, du Maghreb. Alger fut pris par la France en 1830, Tétouan fut pris par les Espagnols en 1860. De 1900 à 1903 la France occupa une partie du Maroc et en 1904, un partage du Maroc fut décidé entre la Grande Bretagne, l’Espagne et la France. La langue française commença alors à être largement importée au Maroc, sans qu’elle soit érigée en langue officielle.

En 1906 le Maroc fut placé sous la tutelle des puissances européennes, et la France affirma de plus en plus son influence en envoyant des troupes à Casablanca.

Suite au siège berbère de Fès en 1911, le sultan Moulay Hafiz fit appel à la France : un accord franco-allemand donna à la France les mains libres au Maroc, et le 30 mars 1912, le sultan fut contraint de signer le traité de protectorat qui mit le Maroc sous tutelle française.

Pendant le protectorat, la langue française fut enseignée de manière très limitée aux enfants marocains musulmans : à la veille de la fin du protectorat, à peine 2 % des enfants marocains scolarisables fréquentaient l’école française. Mais le français fut imposé dans les domaines politique, administratif, et de vie quotidienne.

Le 3 mars 1956 fut proclamée l’indépendance du Maroc. Le sultan du Maroc, Mohammed Ben Youssef signa alors un traité d’amitié avec la France qui allait maintenir des forces armées françaises au Maroc jusqu’en 1963. En août 1957, le sultan, extrêmement populaire, se proclama roi du Maroc, sous le nom de Mohammed V.

Dès la proclamation de l’indépendance, les dirigeants marocains mirent en place une vaste politique d’arabisation qui devait progressivement faire remplacer le français par l’arabe classique. La langue française fut alors déclarée « langue étrangère » et l’arabe classique promue langue officielle du Royaume du Maroc.

Le gouvernement marocain tenta dans un premier temps d’arabiser l’enseignement. Puis l’Administration et les services de police furent mis à contribution. Le roi Hassan II, fils de Mohamed V, monté sur le trône en 1961, définit cinq composantes de l’identité marocaine : l’islam, la monarchie constitutionnelle, l’unité nationale, le rite malékite et la langue arabe. Mais les autorités se heurtèrent à un problème majeur : une pénurie d’instituteurs d’arabe. De nombreux instituteurs égyptiens et saoudiens furent alors appelés au Maroc.

Ensuite, le gouvernement tenta d’arabiser la fonction publique mais sans succès, et même dans le domaine de la vie quotidienne, l’arabisation fut en demi-teinte : l’affichage (panneau de signalisation, étiquetage, etc.) resta en français, sauf pour les édifices gouvernementaux où la langue arabe apparut en plus de la langue française.

Au cours de la plus grande partie de son règne (1961-1999), Hassan II ignora la question berbère (amazighe). En 1979, un projet de création d’un Institut national d’études et de recherches amazighes fut officiellement évoqué, mais il ne vit jamais le jour. Cependant la politique d’arabisation fut freinée par la réémergence de l’arabe dialectal marocain et de la langue berbère qui devint au fil du temps l’une des langues légitimes du peuple marocain.

A la mort d’Hassan II le 23 juillet 1999, son fils, Sidi Mohammed, monta sur le trône du Maroc sous le nom de Mohammed VI. En quelques années, il en fit davantage pour la cause berbère que son père en trente-huit ans de règne. En 2000, le manifeste amazigh a replacé l’identité marocaine : dans un discours où il annonçait la création de l’Institut Royal de la Culture AMazighe, Mohammed VI évoqua « notre identité amazighe et arabe ». L’IRCAM vit le jour le 17 octobre 2001 et son siège social fut implanté à Rabat.

En 2003, la municipalité de Nador (dans le Rif) prit l’initiative d’écrire les panneaux de signalisation et noms de rue en tifinagh en plus de l’arabe mais le ministère de l’Intérieur invalida l’usage du tifinagh sous prétexte que l’arabe était l’unique langue officielle en vertu de la Constitution.

Il faudra attendre la réforme constitutionnelle de 2011 (après les printemps arabes), pour que la langue amazighe soit promue langue officielle mais pour autant, l’Amazighe ne l’est pas au même titre que l’arabe, puisqu’une hiérarchie est prévue entre les deux langues : « l’arabe est la langue officielle de l’État et l’Amazighe est une langue officielle de l’État en tant que patrimoine commun à tous les Marocains ».

L’enseignement de l’Amazighe devait être généralisé dans toutes les écoles du Royaume du Maroc en 2010 : il le fut effectivement en 2013.

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