Mythe fondateur du peuple mongol

En Mongolie, il est dit que le peuple mongol vient de l’union d’un loup bleu « Borte Tchino » et d’une biche blanche « Ko’ai Maral ». Ainsi commence une extraordinaire histoire d’amour.

L’histoire de Borte Tchino et Ko’ai Maral, fondatrice du peuple mongol, sera sans nul doute évoquée lors d’un voyage en Mongolie.

Le loup avec son courage, sa force, son endurance, et la biche avec sa douceur, son intuition, son élégance, forment un couple complémentaire. Selon les lois de la nature, l’un devrait détruire l’autre, mais le chasseur et la proie se rencontrent et s’aiment. Dans cet amour, il n’y a rien de bien ni de mal, mais celui-ci est si fort qu’il modifie les lois de la nature. Après avoir traversé un vaste lac, le couple, qui vient d’une région éloignée à l’ouest, fixe son campement dans les steppes mongoles, à la source du fleuve Onon, dans les monts Burquan. C’est dans cette même région que serait né et enterré Gengis Khan, fondateur du vaste empire mongol et premier empereur du peuple mongol.

De leur union, naît l’ancêtre de tous les Mongols : Batachi-qan. Le loup bleu, Borte Tchino, représente le symbole du Ciel et père de tout le peuple mongol. La biche, Ko‘ai Maral, symbolise la pureté, la beauté et la terre nourricière.

Le peuple mongol : le cheval, indissociable de la vie des nomades dans les steppes mongoles
Le peuple mongol : le cheval, indissociable de la vie des nomades dans les steppes mongoles

Puis il y eut une femme : Alan Gua. À mi-chemin entre Batachiqan et Gengis Khan (21 générations les séparent), Alan Gua (Gua signifie Beauté en mongol), donna naissance à deux enfants dans sa vie d’épouse, puis veuve, enfanta trois enfants. La mythologie mongole évoque l’apparition par le toit de la yourte d’un visiteur auréolé de lumière : le Père des trois cadets. Les cinq fils sont les ancêtres des clans mongols, et Gengis Khan, grand empereur mongol, un descendant de l’un des cadets.

Le peuple mongol : un père et ses enfants dans la steppe mongole
Le peuple mongol : un père et ses enfants dans la steppe mongole

Les Mongols sont un peuple de tribus nomades d’Asie centrale, qui aujourd’hui vit majoritairement en Chine (ex Mongolie intérieure – 6 millions), en Mongolie (3 millions) et en Russie (1 million).

Il existe entre 25 et 29 ethnies Mongoles, mais les principales sont les Khalkhas (majorité de la population mongole), les Oïrates et les Kalmouks (en Mongolie, Chine et Russie), les Bouriates (Sibérie, Nord de la Mongolie et Nord de la Chine) et les Kazakhs (Kazakhstan, Russie, Mongolie Ouzbékistan, Chine et Kirghizistan).

Culturellement, ces ethnies font partie des peuples altaïques de l’Asie centrale (comme les Turcs) et leurs langues appartiennent à la famille des langues altaïques qui englobent le khalkha (langue majoritaire en Mongolie), le turc, le kazakh, l’ouzbek et le mandchou. Il n’y a donc pas une unique langue mongole, mais une multitude de langues en Mongolie !

Le peuple de Mongolie, est ainsi une mosaïque des ethnies Khalkhas (en Mongolie Centrale), Oïrates, Kalmouks et Kazakhs (dans l’Ouest de la Mongolie), et Bouriates (au Nord de la Mongolie), un ensemble de tribus nomades d’Asie centrale.

L’ethnie mongole très largement majoritaire est celle des Khalkhas (85,5% de la population mongole). Les Oïrates et Kalmouks représentent environ 9% de la population mongole, 6,5% sont Bouriates et 3,8% sont Kazakhs.

La population totale de Mongolie est aujourd’hui d’environ 3 millions d’habitants, répartis inégalement sur le territoire géographique vu que 50% de la population vit à Oulan Bator (capitale de la Mongolie) et sa périphérie !

Les Khalkhas, ethnie majoritaire mongole, apparaissent pour la première fois dans l’Histoire à la fin du 15e siècle, sous le règne de Dayan Khan (1472-1517), empereur qui unifia la plupart des tribus nomades mongoles et dernier descendant de Kubilaï Khan (lui-même petit-fils de Gengis Khan). Les Khalkhas nomadisaient au Nord du désert de Gobi, dans l’actuelle Mongolie donc, et au Nord de la Mongolie intérieure (Nord de la Chine actuelle). Leur capitale était Karakorum (ancienne capitale de Mongolie) et ils auraient été chassés des Monts Khangaï, leurs territoire originel : à chaque Nouvel An Mongol, à la première pleine lune, les Khalkhas du Sud de la Mongolie accomplissent un rituel en se tournant en direction des Monts Khangaï (vers le Nord-Ouest de la Mongolie).

Les quatre premières provinces de Mongolie (aujourd’hui appelées aimag), proviennent de la division en quatre « Khanats » (régions dirigées par un Khan) de la zone habitée par les Khalkhas. Depuis, la division administrative de la Mongolie en aimags a été modifiée. Il existe aujourd’hui 21 aimags en Mongolie. Chaque aimag est divisé en sums, le sum désignant à la fois le district et la ville (ou village) chef-lieu de ce district. Il existe ainsi 315 sums en Mongolie.

Les Khalkhas sont aujourd’hui majoritairement urbanisés mais une minorité semi-nomade sont des éleveurs de moutons, vaches, chèvres, chameaux (dans le désert de Gobi), et sont accompagnés de leurs troupeaux de chevaux, car comme tous les nomades des vastes étendues mongoles, ce sont des cavaliers des steppes !

Les Kalmouks et les Oïrates, appelés aussi Mongols occidentaux, sont en réalité un mélange complexe de plusieurs ethnies (Dörvöd, Bayad, Zakhtchin, Torguutes, Ölöd, Myangad) qui vivent dans l’Ouest de la Mongolie, dans les aimags de Bayan-Ölgii et de l’Uvs. Ils représentent environ 9% de la population en Mongolie, et nomadisent dans les steppes mongoles de l’Altaï.

Les Bouriates sont environ 50 000 en Mongolie et vivent dans le Nord et le Nord-Ouest du pays (aimags de Khövsgöl, Selenge et Bulgan), et à la frontière avec la Transbaïkalie, région située à l’est du lac Baïkal, en Sibérie. En Mongolie, ils sont principalement éleveurs nomades et vivent dans des cabanes typiques en bois, en forme de tipis, comme les Tsaatans (alors qu’en Sibérie, les Bouriates sont principalement sédentaires et urbanisés).

Le peuple mongol : un Kazakh avec son aigle
Le peuple mongol : un Kazakh avec son aigle

Les Kazakhs sont présents en Mongolie depuis la fin du 17e  siècle, dans l’aimag de Bayan-Ölgii, à l’Ouest de la Mongolie, à la frontière avec les vastes steppes du Kazakhstan où ils vivent majoritairement. Ils forment 3,8% de la population de Mongolie et représentent 80% de la population de l’aimag de Bayan-Ölgii, situé dans l’Altaï mongol, chaîne de montagnes les plus hautes de Mongolie, qui s’étend sur plusieurs pays d’Asie centrale.

Les Kazakhs parlent le kazakh, une langue turcophone. Plusieurs peuples ont pris part à la formation du peuple kazakh : les Huns, les Sarmates, les Sakas, les Scythes… La culture kazakhe, d’origine turque, a reçu l’influence de l’Islam : les Kazakhs sont donc majoritairement de confession musulmane.

Les Kazakhs sont connus pour avoir perpétré jusqu’à ce jour la tradition de la chasse à l’aigle. Cette tradition de chasse à l’aigle fut présente en Mongolie depuis Gengis Khan, mais seuls les Kazakhs la pratiquent encore aujourd’hui, dans les steppes mongoles de l’Altaï.

Les chasseurs kazakhs capturent l’aiglon dans le nid. Pour la chasse, ils choisissent plutôt les femelles car elles sont plus agressives que les mâles. Le dressage de l’aiglon puis son entraînement intensif créent entre le chasseur et son aigle une relation très forte : pour le chasseur, l’aigle fait partie de sa famille et il y veille comme sur ses enfants. Les Kazakhs ne gardent leur aigle que cinq ou six ans puis le relâche. Une fois rendu à la vie sauvage, le chasseur se met en quête d’un nouvel aiglon.

Un aigle adulte est extrêmement fort et rapide (sa vitesse peut atteindre 150 km/h) et peut chasser de gros animaux comme le loup par exemple.

Extrait du poème « Kazakhstan, terre de légende et de félicité »

Entre la mer Caspienne et les monts de l’Altaï

Au nord des anciens fiefs de l’empire Ottoman

S’étend la steppe immense où le val du Tourgaï

Abrita le berceau des fils de Gengis Khan.

Les fiers Kazakhs rompus aux rigueurs du climat

Ont sous leur teint bistré des traits venus d’orient,

Descendants de Mongols et conquérants Khanat,

Creuset enrichit par le sang de Tamerlan.

Oxalys

Il existe de nombreuses autres ethnies en Mongolie. Parmi elles, nous pouvons citer les Dariganga, les Touva, les Tsaatans…

Les Darigangas vivent à l’Est de la Mongolie, au sud de l’aimag de Sükhbaatar, près du lac Ganga, principalement dans la ville de Dari Ovoo. Ils représentent environ 1,4% de la population mongole. Il est dit que le peuple Dariganga était le fournisseur de chevaux de l’empereur Kangxi, sous la dynastie des Qing.

Les Touvas (ou Tuwa) sont environ 2500 et habitent les régions reculées de l’aimag Bayan-Ölgii (peuplée à 90% par les Kazakhs), dans le massif montagneux de l’Altaï mongol (Ouest de la Mongolie). Ce sont des éleveurs nomades qui se déplacent au gré des pâturages. Convertis au bouddhisme tibétain mongol au 18e siècle (le bouddhisme étant la principale religion en Mongolie), le chamanisme est encore très présent chez les Touvas, notamment dans leur vénération des forces de la nature. À l’occasion de la fête de l’Ovoo, qui se tient chaque année le 29e jour du cinquième mois lunaire, ils honorent le feu, l’eau, les montagnes et l’Ovoo.

Leur langue traditionnelle est le touvain, qui est uniquement une langue orale et n’est pas de nature mongolophone mais turcophone (tout comme le kazakh). La grande majorité des Touvas parle également kazakh, et aussi le khalkha, la langue mongole majoritaire.

Les Tsaatans sont une toute petite ethnie minoritaire de Mongolie (environ 200 personnes) originaire de Sibérie parlant le touvain. Ils vivent dans l’aimag du Khövsgöl, dans la taïga au Nord de la Mongolie. « Tsaa » veut dire « rennes » et le mot tsaatan signifie « ceux qui vivent avec les rennes ». Ils sont les derniers éleveurs de rennes à vivre de l’élevage et se déplacent constamment dans la taïga, pour nourrir leur troupeaux de rennes qui sont leur unique moyen de subsistance : les rennes leur servent de moyen de locomotion, de nourriture (viande et lait), de fourrure pour leurs vêtements. Les Tsaatans font également commerce de leur viande, leur peau et leur bois (chaque année, les rennes perdent leurs bois qui sont sculptés et vendus sous forme de différents objets). Leur habitat est unique : ils ne vivent pas en yourte comme la quasi-totalité du peuple nomade des steppes de Mongolie, mais en orts, un tipi en bois recouvert d’une toile blanche et isolé avec du feutre, chauffé à l’aide d’un poêle situé au centre de l’orts.

La nuit, les rennes pâturent en liberté dans la taïga (les rennes se nourrissent essentiellement de lichens) et au petit matin, les familles nomades vont les chercher dans la forêt afin de traire les femelles et utiliser les rennes pour les aider dans leurs tâches quotidiennes.

Les Tsaatans ont un mode de vie encore plus simple et spartiate que les nomades mongoles des autres régions de Mongolie. Un renne (plus bas et moins trapu qu’un cheval mongol) ne peut pas porter plus de 90 kg, donc il n’y a aucun superflu chez les Tsaatans. Cela explique peut-être aussi qu’ils ne vivent pas en yourte car une yourte pèse dans les 250 kg.

Ce mode de vie ancestral des nomades mongols Tsaatans, chasseurs et éleveurs de rennes, dépend d’un écosystème aujourd’hui fragilisé. La chaleur est une source de stress pour les rennes et cela fragilise leur système immunitaire. De plus, du fait du réchauffement climatique, il y a de plus en plus de moustiques, vecteurs de parasites qui déciment les populations de rennes.

La modernisation compromet également l’existence même des Tsaatans. D’une part l’industrialisation gagne du terrain sur la taïga qui sert d’habitat aux nomades mongols Tsaatans et met en péril les pâturages pour le bétail. D’autre part, le gouvernement mongol exige désormais que tous les enfants soient scolarisés dès l’âge de 6 ans. Or il n’y a qu’une école dans la région, et elle se trouve à plusieurs jours de marche des campements tsaatans. Les mamans sont donc obligées de quitter le foyer pour être auprès des enfants, les pères restent auprès du bétail et doivent s’occuper seuls des tâches quotidiennes, les familles sont séparées, et leur mode de vie nomade remis en question.

Comme la plupart des familles d’éleveurs nomades de Mongolie, les Tsaatans sont emprunts de chamanisme et animisme : ils croient en une force vitale qui anime tous les êtres vivants et les objets et éléments naturels comme le vent, la terre, la pluie… Ils vouent un culte aux esprits de la Taïga (appelés « ongons ») avec lesquels ils vivent en totale communion.

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