Religions en Mongolie

Parmi les différentes religions en Mongolie, le bouddhisme tibétain est aujourd’hui la religion principale (50 à 60% de la population mongole).

Il existe une petite communauté musulmane en Mongolie (8 à 9% de la population), située dans l’Ouest du pays, dans la région de l’Altaï. Le régime démocratique actuel permet la liberté religieuse (une loi mongole sur la liberté de croyance a été votée en 1994) et autorise de nouvelles religions en Mongolie, ainsi le christianisme se développe, principalement dans la capitale Oulan Bator.

Le bouddhisme en Mongolie est un bouddhisme tout à fait particulier : c’est un bouddhisme tantrique (Vajrayana) de lignée tibétaine (Gelugpa), teinté de pratiques chamaniques et animistes. Le chamanisme et l’animisme, qui ne sont pas à proprement parler des religions en Mongolie, sont antérieurs au bouddhisme en Mongolie (le pays était de tradition chamanique avant l’arrivée du bouddhisme).

Religions en Mongolie : temple bouddhiste d'Erdene Zuu
Religions en Mongolie : temple bouddhiste d’Erdene Zuu

On sait que les premiers temples bouddhistes en Mongolie ont été construits à la fin du 3e siècle avant JC. De 330 à environ 550 après JC, le bouddhisme était devenu la religion officielle de l’état, mais n’était pas pratiqué par le peuple, qui continuait à suivre les pratiques ancestrales chamaniques.

C’est au 13e siècle (vers 1270) que le bouddhisme tibétain commença à apparaître en tant que religion en Mongolie, à la cour de Kubilaï Khan, premier empereur mongol de la dynastie Yuan et petit-fils de Gengis Khan. Le chamanisme eut alors tendance à être relégué au second plan, sans pour autant disparaître car les cultes chamanique et bouddhique coexistaient et même s’enrichissaient mutuellement. À la chute de la dynastie Yuan, en 1368, le chamanisme retrouva toute son influence et redevint la croyance populaire. Ce n’est qu’à partir de 1565 que le bouddhisme s’imposa réellement en tant que religion en Mongolie.

Altan Khan (1502-1583 ou 1587), chef mongol qui œuvrait à unifier différentes branches du peuple mongol, travailla à établir des liens de paix et de collaboration entre la Mongolie et le Tibet. Il invita à deux reprises Sonam Gyatso (en 1569 et 1578), abbé Gelugpa à Drépung, grand monastère tibétain de Lhassa, 3e de sa lignée de réincarnation, auquel il donna en 1578 le titre de Dalaï Lama (en mongol, dalaï signifie « océan » et dalaï-lama « océan de sagesse »). À titre posthume, ce titre fût attribué aux deux prédécesseurs de Sonam Gyatso, qui devint donc le 3e Dalaï Lama. Altan Khan se convertit au bouddhisme tibétain en 1578. Le bouddhisme tibétain devint alors religion d’état.

Le 4e Dalaï Lama, Yonten Gyatso naquit en 1589 en Mongolie. Son grand-père n’était autre qu’Altan Khan. Il est l’unique Dalaï Lama à ne pas être né au Tibet. En 1601, Yonten Gyatso fut escorté au Tibet. En 1614, il devint le supérieur du monastère de Drépung, puis de celui de Séra. Il mourut en 1617, au monastère de Drépung.

Pour autant le bouddhisme ne fût réellement pratiqué par le peuple mongol qu’à partir du 19e siècle, et l’apogée du Bouddhisme en Mongolie fut à la fin du 19e, début du 20e siècle, où l’on comptait dans les vastes steppes mongoles (de Mongolie extérieure et de Mongolie intérieure) plus de 1900 temples et monastères bouddhistes dont les principaux sont à l’origine de villes comme l’actuelle capitale Oulan Bator. On dénombrait alors 115 000 lamas en Mongolie, soit 20% de la population totale et plus d’un tiers de la population mâle du pays. Il y eut une volonté d’éradiquer le chamanisme mais en réalité le bouddhisme mongol dû composer avec les croyances chamaniques en reprenant par exemple l’usage des ovoos (sorte de cairn chamanique et objet de culte pour les Mongols) auxquels furent ajoutés les drapeaux de prière. Les traditions chamaniques, et animistes, furent donc reléguées au second plan, mais jamais effacées.

Depuis le 17e  siècle, et jusqu’en 1908, la Mongolie était plus au moins sous protectorat russe, mais réellement sous domination Mandchoue. En 1911, la Mongolie devint autonome (vis-à-vis de l’Empire de Chine), c’est-à-dire un état religieux indépendant, et en même temps que les mongols proclamaient leur indépendance, ils mirent en place un gouvernement provisoire sous l’autorité du Bogdo Gegen, le « huitième Bouddha vivant ». En 1915, un accord entre la Chine, la Russie et la Mongolie garantissait son autonomie mais la révolution russe bouleversa la situation.

En 1921, une révolte populaire menée par Damdin Sükhbaatar, surnommé le « Lénine mongol », amena au pouvoir en Mongolie les communistes du Parti révolutionnaire du peuple mongol.

La mort du dernier « Bouddha Vivant », Bogdo Gegen, permit au gouvernement provisoire de proclamer le 26 novembre 1924, la République populaire de Mongolie et la capitale du pays fut baptisée Oulan-Bator, « la ville du héros rouge », en hommage à Damdin Sükhbaatar. Dès lors, et particulièrement dans les années 1930-1940, avec l’arrivée au pouvoir du parti communiste, de très nombreux moines bouddhistes furent exécutés et la majorité des monastères mongols détruits afin d’abolir la religion d’état.

Ainsi, le bouddhisme tibétain n’est plus une religion d’état depuis les purges communistes, mais il reste aujourd’hui la religion principale du peuple mongol. Ce bouddhisme est toutefois fortement empreint de traditions chamaniques et animistes ancestrales, ce qui en fait une forme de bouddhisme unique et spécifique à la Mongolie. Le tengrisme (le lien à Tengrii, le Grand Ciel ou Ciel-Dieu) est aussi une tradition ancestrale très présente en Mongolie.

Religions en Mongolie : à l'intérieur de la yourte, tout un symbolisme
Religions en Mongolie : à l’intérieur de la yourte, tout un symbolisme

Les Mongols évoluent dans un environnement naturel où règnent les esprits. C’est tout à fait palpable lors d’un voyage en Mongolie. L’homme et la nature sont reliés, les arbres, montagnes, animaux sont sacrés car dotés d’esprit. Bouddhisme, tengrisme, animisme et chamanisme intègrent toutes ces dimensions.

La yourte, sous laquelle vivent les Mongols est une forme symbolique de ce lien étroit entre le peuple Mongol et l’environnement naturel dans lequel il vit. 

Le tengrisme, qui invoque Khan Tengrii, le « grand ciel bleu » ou « éternel Ciel-Dieu/Ciel-Bleu », est une croyance commune aux peuples Mongols et Turcs d’Asie Centrale.

Chaque phénomène naturel recèle une divinité tutélaire, un esprit-maître dirigé par un principe unique surnaturel : le Ciel, ou Tengrii. Au-dessus des forces surnaturelles il y a donc un dieu unique, le ciel souverain, Khan Tengrii.

L’invocation de Tengrii est encore aujourd’hui omniprésente dans les actes du quotidien en Mongolie, et le tengrisme intègre des éléments du chamanisme, de l’animisme et du bouddhisme. La couleur bleue est d’ailleurs très souvent liée aux pratiques religieuses, y compris bouddhistes.

L’animisme est la conviction que toute chose possède un esprit particulier. Les Mongols adorent les esprits du ciel, des montagnes, de l’eau et du sol. Ils leur font principalement des offrandes de lait.

Les symboles sont partout y compris sur le drapeau national dans lequel le souyombo, symbole de liberté et d’indépendance, fait référence au soleil, à la lune, aux flammes, aux poissons et à l’eau, au-dedans et au dehors, au Masculin et au Féminin. La cosmogonie des Mongols met en lien permanent l’Homme et la Nature. Les arbres, montagnes, animaux sont considérés comme sacrés.

Vous le constaterez lors d’un voyage en Mongolie, la principale cérémonie d’offrande porte sur l’ovoo : amas de pierres situés aux sommets des montagnes ou des cols, à la croisée de chemins, et recouverts de Khadag, tissus bouddhiques bleus, couleur de l’esprit du ciel. Leur forme pyramidale représente le lien entre la terre et le ciel. Il faut y faire une offrande (argent, bonbon, lait…), tourner trois fois autour de l’ovoo dans le sens des aiguilles d’une montre, puis y jeter une nouvelle pierre afin de s’attirer les faveurs des esprits du ciel et de la montagne, qui sont les principaux esprits liés au voyage.

Il semblerait que l’édification d’ovoos soit antérieure au bouddhisme, et même au chamanisme, et on les retrouve dans toute l’Asie centrale. Ils avaient sans doute un lien avec des pratiques funéraires et restent aujourd’hui encore liés au culte des ancêtres.

Les rituels de sacrifice plus routiniers du lait ou de l’airag sont faits avec le tsatsal, une cuillère en bois utilisée pour les offrandes et par lesquelles les Mongols jettent aux esprits de la nature la meilleure partie de leur lait frais. Lorsqu’un visiteur quitte un campement nomade, il est béni par quelques gouttes de lait. 

Les Mongols considèrent que les esprits aiment les même choses qu’eux, donc ils leur offrent le meilleur : la graisse, les laitages, les bonbons, l’alcool, le tabac. Les esprits ne sont pas divinisés mais humanisés. La relation entre l’être humain et les esprits est un échange, un partenariat.

Religions en Mongolie : un ovoo recouvert de Khadag, tissus bouddhiques bleus
Religions en Mongolie : un ovoo recouvert de Khadag, tissus bouddhiques bleus

Le chamanisme, désigné comme la « religion des steppes », n’est pas à proprement parler une religion, mais une pratique de rituels tout à fait proches des croyances animistes. Le monde est envisagé du point de vue de ce qui est vivant et ce qui est mort, de ce qui est visible et invisible, d’où l’importance d’être en harmonie avec le monde qui nous entoure. Tout est en relation avec le ciel et les esprits.

Selon le chamanisme il existe 99 cieux, « tenger » en mongol, dont 55 sont synonymes de bonheur et 44 synonymes de malheur. Traditionnellement les Mongols organisent une cérémonie au moment du passage à la nouvelle année, Tsagaan Sar, le Nouvel An Mongol, afin d’apaiser les esprits « mauvais ».

Le chamanisme mongol, prédominant sous Genghis Khan, reste très présent aujourd’hui en Mongolie au sein de groupes ethniques mongols tels que les Darkhad, les Bouriates, les Tsaatans qui vivent dans la région du Khövsgöl, dans le Nord de la Mongolie.

Le chaman est l’individu « canal » qui fait l’intermédiaire entre le monde des esprits – esprits de la Nature, esprits des ancêtres – et celui des vivants. C’est lors de longues transes particulièrement physiques et impressionnantes – danses rythmiques accompagnées des battements du tambour – que les chamans vont entrer en contact avec le monde des esprits. En émergeant de ces transes, les chamans partagent les messages des esprits à la communauté.

Les chamans sont des guérisseurs du corps et de l’âme, ils nomment les nouveau-nés, accompagnent l’âme des morts, demandent des faveurs aux esprits de la nature pour faire venir la pluie…

On devient chaman par transmission héréditaire ou quand on est doué des pouvoirs du chaman. En aucun cas cela ne peut être enseigné ou appris.

Le mot chaman vient sans doute de « saman », un mot toungouse (un groupe de peuples de Sibérie et du Nord-Est de la Chine) qui désigne un intermédiaire entre le monde des humains et celui des esprits. Les peuples chasseurs des steppes demandaient aux esprits des animaux de leur fournir le gibier dont ils avaient besoin pour leur subsistance, et en échange leur donnait un peu de nourriture sous forme de graisse ou bien de goutte d’airag ou même de bonbons qu’ils déposaient sur les ovoos, en attendant de rendre leur propre force vitale au terme de leur vie. Du temps des Khans, le chaman était le conseiller spirituel du prince.

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